Renault remet en question l'objectif électrique européen de 2035

614 mots4 min de lecturePar Jules Dubois
Photo principale de l'article : nio Renault remet en question l'objectif électrique européen de 2035

François Provost, nouveau directeur général de Renault Group, juge l'objectif européen de 100 % de ventes zéro émission en 2035 irréaliste dans sa forme actuelle. Dans un entretien au quotidien allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung, il réclame davantage de flexibilité sur les paliers 2030 et défend les hybrides rechargeables comme technologie de transition indispensable face à la concurrence chinoise.

"L'objectif de 100 % de ventes zéro émission en 2035 n'est pas possible dans son état actuel" — François Provost, directeur général Renault Group

Un patron qui rompt avec le discours de Bruxelles

François Provost ne mâche pas ses mots. À la tête du Groupe Renault depuis peu, il brise le consensus européen sur la transition électrique. Selon lui, l'Union européenne s'est engagée dans une trajectoire qu'il qualifie d'irréaliste, particulièrement l'interdiction de vente des véhicules thermiques programmée pour 2035.

Cette prise de position tranche avec la ligne officielle des constructeurs européens, généralement alignés sur les directives de Bruxelles. Provost estime que les contraintes industrielles et économiques actuelles rendent ce calendrier intenable.

Le patron français insiste sur la nécessité pour la Commission européenne d'être plus "flexible". Une simple prolongation jusqu'en 2032 ne suffira pas selon lui. C'est la structure même des règles qui doit être revue.

Les paliers 2030 dans le viseur

Les seuils d'émissions 2030 cristallisent les tensions. Ces règles imposent une réduction drastique des émissions moyennes de flotte, ce qui revient de facto à exiger environ 50 % d'immatriculations électriques dès 2030.

Provost juge ce niveau incompatible avec la réalité du marché européen. Les infrastructures de recharge restent insuffisantes dans de nombreux pays, tandis que le pouvoir d'achat des consommateurs peine à suivre l'évolution des prix.

Cette position fait écho aux difficultés rencontrées par l'ensemble du secteur automobile européen. Les ventes d'électriques stagnent en 2025, loin des objectifs fixés par les instances européennes.

La défense des hybrides rechargeables

Face aux critiques sur la technologie hybride rechargeable, le patron de Renault contre-attaque. Il considère les PHEV comme une technologie de transition "indispensable" pour accompagner la montée en puissance de l'électrique.

Cette vision s'oppose aux positions de certains constructeurs qui abandonnent progressivement cette technologie. Provost y voit au contraire un moyen de répondre aux attentes des consommateurs encore réticents au tout-électrique.

Les hybrides rechargeables permettent selon lui de maintenir une offre accessible tout en réduisant les émissions. Un compromis nécessaire face à l'offensive des constructeurs chinois qui inondent déjà le marché européen avec des modèles compétitifs.

Quelle stratégie face à la Chine ?

L'ombre de la concurrence chinoise plane sur toute cette réflexion. NIO vient d'ailleurs de célébrer la production de son millionième véhicule en janvier 2026, marquant l'ascension fulgurante des marques chinoises.

Provost mise sur une nouvelle génération de petits véhicules électriques abordables pour contrer cette offensive. Les futures R5, R4 et Twingo électriques incarnent cette stratégie de reconquête du marché populaire.

Le constructeur français veut éviter que l'industrie européenne ne décroche face aux prix agressifs pratiqués par les marques chinoises. BYD, NIO et consorts proposent déjà des véhicules électriques à des tarifs difficilement atteignables pour les européens.

Un appel à la révision du calendrier

Le directeur général souhaite une révision profonde du calendrier européen. Selon lui, la transition ne peut réussir qu'en tenant compte des réalités économiques, technologiques et sociales de chaque marché.

Cette demande de flexibilité intervient alors que plusieurs constructeurs européens peinent à atteindre leurs objectifs de ventes électriques. Les coûts de production restent élevés, pénalisant la compétitivité face aux rivaux asiatiques.

Renault Group n'est pas le seul à exprimer ses doutes. D'autres constructeurs européens commencent à remettre en question le calendrier imposé par Bruxelles, même s'ils le font avec plus de discrétion que François Provost.


📚 Lire aussi

Rédigé par

Jules Dubois

Spécialiste électrique, hybride, batterie, recharge, autonomie, technologies, electrique, nouveaute

Journaliste automobile passionné par la mobilité électrique et les nouvelles technologies. Après 10 ans dans la presse spécialisée, Jules décrypte ...

Voir tous ses articles (12)

Pour aller plus loin

Commentaires

💬
Chargement des commentaires...

Laisser un commentaire

0/1000

Votre email ne sera pas affiché publiquement. En soumettant ce commentaire, vous acceptez notre politique de confidentialité.