Volkswagen et Stellantis réclament un bonus CO₂ pour l'électrique européen

638 mots4 min de lecturePar Thomas Martin
Photo principale de l'article : nio Volkswagen et Stellantis réclament un bonus CO₂ pour l'électrique européen
© Electrive

Les patrons de Volkswagen et Stellantis ont publié une lettre ouverte commune pour réclamer un bonus CO₂ destiné aux véhicules électriques "Made in Europe". Cette initiative vise à contrer la concurrence chinoise et américaine, alors que Donald Trump a supprimé les incitations fiscales pour les voitures électriques aux États-Unis, provoquant 37 milliards de livres de pertes pour les constructeurs.

"Jedes Elektrofahrzeug 'Made in Europe' sollte einen CO2-Bonus erhalten" — Oliver Blume, CEO Volkswagen, et Antonio Filosa, directeur général Stellantis

Une alliance inédite face au défi chinois

Oliver Blume et Antonio Filosa ont choisi de parler d'une seule voix. Dans leur tribune publiée simultanément dans Handelsblatt, Les Échos et Il Sole 24 Ore, les dirigeants de Volkswagen et Stellantis alertent sur l'urgence de protéger l'industrie automobile européenne. Leurs groupes représentent ensemble 40 % du marché européen et emploient des millions de personnes sur le continent.

La situation devient critique. L'automobile européenne pèse 8 % du PIB de l'UE et fait vivre 13 millions de personnes. Pourtant, les constructeurs locaux voient leurs parts de marché grignotées par des concurrents importés, notamment chinois, qui bénéficient de coûts de production bien inférieurs.

Que demandent concrètement les deux géants ?

Les deux PDG proposent un modèle à trois étages. D'abord, établir des "critères d'origine" stricts couvrant la production du véhicule, la recherche et développement, les systèmes de propulsion électrique, les cellules de batterie et les composants électroniques centraux. Ensuite, créer un label "Made in Europe" pour les modèles qui respectent ces exigences. Enfin, réserver l'accès aux subventions publiques européennes uniquement aux véhicules labellisés.

Leur revendication phare ? Un bonus CO₂ automatique pour chaque voiture électrique produite en Europe. Cette mesure viserait à compenser les surcoûts liés aux normes sociales et environnementales plus strictes du continent.

nio 2026
© Electrive

Trump change la donne aux États-Unis

L'urgence s'accentue avec l'arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche. Le nouveau président américain a supprimé les incitations fiscales pour l'achat de véhicules électriques et annulé les règles d'émissions prévues. Selon Autocar, ces décisions ont déjà coûté 37 milliards de livres aux constructeurs automobiles exposés au marché américain.

Cette volte-face ouvre un boulevard à la Chine, qui pourrait profiter du retrait américain pour renforcer sa position dominante sur l'électrique. Les marques chinoises comme NIO investissent massivement en Europe et proposent des technologies de pointe à des prix agressifs.

L'Europe prise en étau

Le contexte géopolitique complique la donne. L'Union européenne développe sa politique "Buy European" pour réduire sa dépendance vis-à-vis de la Chine et des États-Unis. Le commissaire européen à l'industrie Stéphane Séjourné doit présenter le 25 février un projet de loi étendant cette approche à de nouveaux secteurs, dont l'automobile.

Mais l'Association des constructeurs européens d'automobiles (ACEA) reste prudente. Le lobby craint que des quotas de production nationale compliquent l'accès des entreprises européennes aux marchés mondiaux. Une position qui contraste avec celle de Volkswagen et Stellantis.

Quelle stratégie pour rivaliser avec l'Asie ?

La bataille se joue surtout sur les batteries. Ces composants représentent 40 % du coût d'une voiture électrique. Les constructeurs européens investissent des milliards pour créer une filière locale, mais se heurtent à la réalité économique : produire en Europe coûte cher.

Le dilemme est simple. Pour proposer des voitures électriques abordables, les constructeurs sont tentés d'importer des batteries asiatiques moins chères. Mais cette stratégie fragilise l'écosystème industriel européen et renforce la dépendance technologique.

Stellantis et Volkswagen misent sur une approche différente. Plutôt que de subir la concurrence déloyale, ils demandent à Bruxelles de créer les conditions d'une compétition équitable. Leur message est clair : l'Europe doit choisir entre rester une puissance industrielle automobile ou devenir un simple marché de consommation.

La réponse de la Commission européenne sera scrutée de près. Car derrière cette bataille de chiffres et de réglementations, c'est l'avenir de millions d'emplois qui se joue.


📚 Lire aussi

Rédigé par

Thomas Martin

Spécialiste SUV, suv, crossover, essai, utilitaire, familiale, pickup, comparatif, citadine, berline, cabriolet

Expert SUV et crossovers depuis plus de 15 ans, Thomas a parcouru les routes du monde entier pour tester les véhicules les plus robustes. Ancien pi...

Voir tous ses articles (10)

Pour aller plus loin

Commentaires

💬
Chargement des commentaires...

Laisser un commentaire

0/1000

Votre email ne sera pas affiché publiquement. En soumettant ce commentaire, vous acceptez notre politique de confidentialité.